# Que deviendra le Togo avec déjà 16 cas de coronavirus en 15 jours?

- Link: https://elitedafrique.com/actu/que-deviendra-le-togo-avec-deja-16-cas-de-coronavirus/
- Published: 2020-03-21T15:36:49+00:00
- Author: Kevin Dah

**Comment va évoluer la pandémie de COVID-19 au Togo? En 15 jours, nous comptons
déjà 16 cas. Sommes-nous proches du pic de transmission, ou juste au début d’un 
raz-de-marée infectieux? Le virus SArS-CoV-2 peut-il muter et devenir plus virulent?**

Sans boule de cristal, impossible de répondre de façon sûre à ces questions. Mais
quelques pistes de réflexions pourraient nous aider à mieux comprendre l’émergence
et la trajectoire de cette [pandémie](https://elitedafrique.com/une/le-togo-debloque-2-milliards-de-fcfa-pour-des-actions-urgentes-contre-le-coronavirus/).

**Plusieurs hypothèses circulent quant à l’évolution possible de cette pandémie.
Qu’en est-il?**

Maintenant que nous sommes au stade de pandémie, et non plus de flambées épidémiques
locales comme c’était le cas au début, on passe de phénomènes aléatoires à une dynamique
assez prévisible.

Alors que les écoles ferment, les églises ferment, les gens gardent une distance
vis-à-vis de l’autre depuis que le Togo a enregistré 8 cas de [covid-19 ](https://elitedafrique.com/societe/sante/coronavirus-letat-clinique-de-la-patiente-est-satisfaisant/)
confirmés, ce qui est crucial, c’est le fameux [R_(0)](https://fr.wikipedia.org/wiki/SARS-CoV-2),
le taux de reproduction de base du virus. Il correspond au nombre d’individus qu’une
personne porteuse va infecter pendant la durée de son infection. Pour ce virus, 
les chercheurs l’estiment aux alentours de 3; chaque personne atteinte infecte en
moyenne trois autres personnes. L’ampleur d’une épidémie est fortement liée au R_(
0).

**Et que laisse présager un R_(0 )tournant autour de 3?**

Selon les modèles les plus simplistes de propagation de maladies infectieuses, le
nombre de personnes qui n’auront pas été infectées à la fin d’une épidémie est égal
à 1/R_(0). En l’occurrence, pour ce virus, 30% des gens ne seraient pas touchés –
ce qui signifie que 70% des personnes peuvent être infectées.

Évidemment, il s’agit de modèles simplistes, pour une population homogène où tout
le monde aurait le même nombre de contacts. C’est un peu le scénario catastrophe.

**Quels pourraient être les impacts des mesures de protection sur ce fameux R_(0.)**

Toute politique de santé, comme la fermeture des écoles par exemple, a un effet 
sur ce R_(0.)

Pour que l’épidémie s’arrête en quelques semaines, il faudrait que le R_(0  )tombe
en dessous de 1. **Mais si on divise par deux le nombre de contacts, ce qui est 
déjà beaucoup, on peut tout de même ralentir la propagation.**

Après, il y a évidemment des enjeux économiques. Pour certaines personnes, c’est
tout à fait possible de rester à la maison et travailler et continuer toujours par
gagner de l’argent, tandis que pour d’autres, cela signifie ne pas avoir à manger
à la fin du mois. Rares sont les personnes qui pourront tenir et satisfaire leur
faim dans ces périodes. Connaissant le Togo ou plus de 80% de la population est 
dans l’informel où la nécessité du contact humain fait toujours surface dans leur
métier. L’état et les employeurs ont là une responsabilité pour garantir la sécurité
sociale des individus.

**Pourquoi une telle particularité chez le coronavirus ?**

Selon Samuel Alizon, chercheur au centre national de la recherche scientifique à
Montpellier, c’est un virus respiratoire qui ressemble, dans sa transmission, à 
ceux de la grippe. Sauf que le R_(0  )du coronavirus est deux fois plus élevé que
celui de la grippe saisonnière, qui est de 1,5 annuellement. De plus, chaque année,
une bonne partie de la population est déjà immunisée contre la grippe [_car elle
l’a déjà contractée dans le passé ou qu’elle est vaccinée, NDLR_]. C’est probablement
ce qui a fait que l’épidémie de H1N1 n’a pas été si intense. Cette fois, c’est toute
la population qui est susceptible.

Il continue en disant que l’autre problème, c’est qu’il semble y avoir beaucoup 
plus de transmissions asymptomatiques (c’est à dire des individus qui ont déjà le
virus mais ne manifestant pas de fièvre ni de signes de la maladie mais qui peuvent
infecter leur entourage), qu’avec la grippe. C’est un facteur clé en santé publique:
si les symptômes apparaissent avant que l’on devienne contagieux, c’est assez facile
à contrôler. Avec le coronavirus, il semble y avoir un décalage de quasiment deux
jours entre le pic de transmission et le pic des symptômes, ce qui est pire qu’avec
la grippe ou le SRAS. Cette période de transmission asymptomatique nécessite d’ajuster
les modèles traditionnels.

**Le Togo a l’heure du confinement**

Depuis début mars, le gouvernement comme une certaine partie des togolais n’avaient
toujours pas pris la juste mesure du risque épidémique. Ce n’est que tardivement
que le gouvernement  a pris des décisions plus fermes.

Depuis ce 20 mars, **l’ensemble des togolais vivent confinés et voient leurs déplacements
restreints** avec une certaine largeur puisqu’il est encore possible d’aller travailler,
de faire son sport (individuel), sa marche, d’aller acheter au marché, faire une
recharge de crédit, acheter «ayimolou» au bord de la route, retirer de l’argent 
par flooz ou t-money…

Aussi, les prisons connaissent des mutineries suite à l’interdiction des visites
et l’absence de mesures sanitaires.

**Le COVID-19 va-t-il évoluer? Si oui, comment?**

Pour les scientifiques, il évolue en permanence, car chaque nouveau virion est différent
des précédents. Sauf que la majorité de ces mutations sont a priori neutres, ou 
délétères pour le virus.

Est-ce qu’il peut y avoir des mutations «adaptatives» (qui lui permettraient de 
mieux s’adapter au corps humain et d’être encore plus efficace) ? C’est très probable.
Ce fut le cas pour l’épidémie d’Ebola: une mutation a permis au virus de mieux exploiter
les cellules humaines que les cellules animales. Cela a été démontré après coup.

Certaines mutations sont déjà apparues dans le coronavirus, mais c’est difficile
de montrer leur effet.

**A quoi les togolais doivent réellement s’attendre?**

Une épidémie qui peut toucher presque toute une population au même moment, c’est
assez unique. Le risque serait plutôt social: un afflux dans les hôpitaux surtout
avec leur nombre restreint que nous savons tous.

Le risque pour les jeunes n’est pas tant de mourir du coronavirus, mais plutôt de
n’importe quelle affection, accident ou choc allergique sévère qui nécessite une
prise en charge en urgence. Si les infrastructures de santé viennent à être saturées,
cette prise en charge sera moins efficace.

Notons aussi que le Togo a tergiversé dans la prise de mesures drastiques contre
ce coronavirus.

Le principal problème est la période durant laquelle un individu est infecté mais
ne montre aucun symptôme. » s’inquiète le professeur Gabriel Leung, de l’Université
de Hong Kong. Dans une interview donnée au Guardian, le 11 février 2020, il craint
que le virus contamine de 60 à 80 % de la population mondiale si l’épidémie n’est
pas contrôlée.

L’épidémiologiste Marc Lipsitch, de l’université américaine de Harvard a fourni 
un article du 24 février de The Atlantic une évaluation comparable : dans l’année
2020, entre 40 à 70 % de la population mondiale devrait être infectée par le COVID-
19, tout simplement parce que l’épidémie  » ne sera finalement pas maîtrisée « .

Heureusement,  » il est probable que beaucoup souffriront d’une maladie bénigne 
ou seront asymptomatiques « , rassure le chercheur. Toutefois, si l’on considère
un taux de mortalité bas de 1 %, ce coronavirus pourrait donc potentiellement tuer
entre 30 et 53 millions de personnes sur le plan mondial et 490000 sur le plan national(
la plupart étant déjà atteintes de problèmes de santé chroniques ou des personnes
âgées).

Malgré tout, soyons prudent et respectons les mesures hygiène. Limitons les contacts,
lavons-nous les mains au savon et à l’eau propre. Ensemble disons stop au COVID-
19.
