# Interview de AGBOMADJI Kokouvi Selom, Directeur exécutif de l’association Le club des 7 Jours « On ne peut pas gagner la lutte contre le VIH/SIDA sans garantir un environnement favorable pour l’offre efficace de services aux populations clés »

- Link: https://elitedafrique.com/interviews/interview-entretien-avec-m-agbomadji-kokouvi-selom-directeur-executif-de-lassociation-le-club-des-7-jours-on-ne-peut-pas-gagner-la-lutte-contre-le-vih-sida-sans-garantir-un-environnem/
- Published: 2024-06-05T06:55:55+00:00
- Author: Biscone ADZOYI

**Parlez-nous un peu de votre association Le club des 7 jours ?**

Le club des 7 jours est une association de jeunes créée en 2006 et œuvrant dans 
la lutte contre le VIH auprès des groupes vulnérables. Dans le contexte de la lutte
contre le Vih, nous travaillons prioritairement avec les hommes ayant des rapports
sexuels avec d’autres hommes (HSH), les professionnelles du sexe et leurs clients,
les usagers de drogues, les personnes transgenres, de même que les jeunes qui sont
en contacts avec les points chauds. Nous travaillons à la sensibilisation sur le
VIH et les IST à travers les pairs éducateurs formés et qui font des causeries éducatives
sur le terrain. Nos activités portent aussi sur la documentation des cas de violences
basées sur le genre (VBG). Nous assurons le référencement de nos pairs vers les 
structures de prise en charge notamment pour la confirmation des cas du Vih positifs
en communauté ou bien pour le traitement des IST. Nous travaillons aussi au renforcement
de capacités et formations de certains acteurs clés notamment des médias, des agents
de police ou encore des prestataires de soins dans le sens de la création d’un l’environnement
favorable afin de garantir une offre de services adéquate aux populations clés. 
Nous œuvrons également dans l’empowerment pour le renforcement de l’estime de soi
de nos pairs. Il nous arrive aussi d’octroyer des micro-crédits à certains de nos
pairs, contribuant ainsi à leur autonomisation financière.

**A quels objectifs répond le projet «The scale initiative » que votre association
met en œuvre**

 «The scale initiative » est un projet financé par le Programme des Nations Unies
pour le Développement (PNUD) qui a pour objectif principal la création d’un environnement
favorable et plus inclusif pour les populations clés au Togo. L’idée est de sensibiliser
à la diversité, de fournir un soutien psychosocial et de plaider pour le droit des
populations clés en matière de lutte contre le Vih et le Sida. Le projet travaille
au renforcement des capacités des acteurs et responsables des associations identitaires
sur les voies et recours en matière de violation des droits de l’homme et sensibiliser
les populations clés elles-mêmes sur le contexte légal togolais. A travers ce projet,
nous renforçons également le réseau des alliés et personnes friendly à la création
d’un environnement favorable dans l’offre de services en droits et santé aux populations
clé en matière de lutte contre le Vih afin que le Togo puisse atteindre l’objectif
des 3×95 de l’ONUSIDA à l’horizon 2030.

![](https://i0.wp.com/elitedafrique.com/wp-content/uploads/2024/06/IMG-20240605-
WA0035.jpg?resize=1051%2C591&ssl=1)

**Quelle est de nos jours la situation de la lutte contre le Vih au sein des populations
clés notamment des Hommes ayant des rapport Sexuel avec d’autres Hommes (HSH) ?**

 Le Togo a fait de très grands progrès en matière de lutte contre le Vih notamment
auprès des populations clés. On a connu une baisse de la prévalence du Vih qui est
passée de 22, 98 % en 2017 à 7,8 % en 2022 selon des données. La lutte est de plus
en plus orientée vers les communautés avec une très grande implication des populations
clé, ce qui fait que les messages et actions sont ciblés vers les réels besoins 
de la communauté. De nos jours on ne peut pas parler de la lutte contre le Vih sans
les populations clés. C’est la conjugaison de l’ensemble de ces efforts qui a permis
d’avoir ce résultat. Les actions gouvernementales et au niveau de la société civile
sont donc à saluer. Cependant, à ce taux, il faut dire que la prévalence est encore
élevée par rapport à la population générale qui est de à 1,7 % « selon l’estimation
EPP/Spectrum de 2022). Ceci suppose qu’il y a encore beaucoup d’efforts à faire 
pour venir à bout de l’épidémie du Vih.

**Parlant des droits humains, pensez-vous que les droits des minorités sexuelles
à la santé en matière du Vih sont suffisamment respectés au Togo ?**

Je dirai qu’il y a du positif mais il y a toujours des progrès à faire. Car le rapport
de l’enquête « index stigmat 2.0 », montre qu’il y a toujours des cas de stigmatisation
et de discrimination dans l’offre des services de soins aux populations clés, notamment
aux HSH surtout pour ce qui concerne les pathologies spécifiques à la cible. Les
besoins en termes de soins et de traitements sont toujours problématiques à satisfaire,
surtout au niveau de l’intérieur du pays. Les personnes efféminées par exemple sont
très souvent stigmatisées même en milieu de soins.

**Les populations clés, notamment les HSH, sont-elles sujets à des violences basées
sur le genre (VBG) ?**

Oui, il y a des cas documentés de par le passé et même aujourd’hui. Par exemple,
il ressort de nos données documentées dans le cadre du projet que nous mettons actuellement
en œuvre, que de février 2024 à avril 2024, (en l’espace de 3 mois), il y a eu 17
cas de VBG et de l’expression de l’identité de genre : les cas vont des agressions
verbales aux agressions physique avec malheureusement deux (2) cas de viols. C’est
pourquoi, en ce qui nous concerne, nous faisons notre part en sensibilisant nos 
pairs sur le contexte sociologique et juridique du pays afin d’éviter que certains
comportements ne heurtent la sensibilité des gens, et ainsi nous contribuons à prévenir
les violences.Quels sont les principaux arguments pour des plaidoyers éventuels 
des populations clés auprès des décideurs au Togo ? Notre argument phare est la 
lutte contre le VIH qui demeure un réel problème de santé publique. C’est pourquoi
nous travaillons et nous appelons la population à éviter la discrimination et la
stigmatisation afin que les populations clés notamment les HSH puissent avoir le
courage de se faire dépister et s’offrir les services mis à leur disposition afin
de réduire la prévalence du VIH en leur sein. Violenter les HSH ne doit pas être
légitimé, juste parce qu’il y a une loi qui condamne l’homosexualité au Togo. C’est
pourquoi nous encourageons à l’acceptation de la différence. Dans une société, tout
le monde ne peut pas vivre pareil.

 **Quel est le regard que vous portez sur l’attitude d’exhibition de leur identité
sur les réseaux sociaux de la part de certaines personnes de minorités sexuelles?**

Il faut dire que c’est une question un peu compliquée. Peut-être pour ceux-là, c’est
de l’activisme car il y a plusieurs manières de faire l’activisme. Mais nous, nous
ne sommes pas dans « le faire voir ». Nous faisons de l’activisme passif. Il faut
reconnaitre qu’il y a certains agissements de certains de nos pairs de la communauté
LGBTQ qui laissent à désirer sur les réseaux sociaux. Ce sont des attitudes que 
nous-mêmes nous n’apprécions pas. Et souvent, nous rentrons en contact avec certains
pour essayer de les canaliser et leur rappeler un certain nombre de réalités du 
contexte togolais sur la pratique. Car nous constatons que beaucoup ignorent ces
réalités notamment sur l’aspect légal. Certains ne savent pas qu’ils peuvent tomber
sous le coup de la loi à partir de tel ou tel agissement. Tout ce qui entoure les
articles 392 et 393 du code pénal togolais et la question d’entrave aux bonnes mœurs
ne sont pas suffisamment maitrisés par tous. De plus, il y a une loi qui porte un
regard sur tout ce qui est publié sur les réseaux sociaux. Souvent les attitudes
condamnables ne sont pas directement en lien avec l’orientation sexuelle mais plutôt
sur l’usage des réseaux sociaux. C’est des situations sur lesquelles nous travaillons
pour que cela soit évité autant que faire se peut.

**Selon les données à votre disposition, à combien peut-on estimer aujourd’hui les
HSH au Togo ? **

Selon les données de l’enquête de Surveillance de Seconde Génération (SSG) du VIH
couplée de la cartographie programmatique chez les populations clés, réalisé en 
2022 par le programme national de lutte contre le Vih Sida (PNLS), l’effectif des
HSH au Togo est de 14 012 en moyenne.

**Quel est à ce jour l’impact de vos actions sur le changement de comportements 
surtout en matière de respect des droits et de la dignité des minorités sexuelles?**

D’abord il faut préciser que nous ne travaillons pas seuls et surtout rappeler que
les résultats relèvent d’un engagement collégial de toute la communauté, de la partie
nationale et des organisations de la société civile. On peut dire clairement qu’aujourd’hui,
la majorité de HSH ont accès aux offres de services de prévention des IST et du 
VIH. De nos actions de sensibilisation, il ressort que les violences, même si elles
existent, il y a une amélioration. Avec l’aide de nos partenaires, nous avons des
services adaptés sur toute l’étendue du territoire. Nous travaillons avec les structures
étatiques comme la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH), et des acteurs
de défense des droits humains, avec les journalistes et avec les prestataires de
soins pour ce qui relève de l’information et de l’éducation de la population et 
de la création d’un environnement favorable. Globalement, il y a des avancées, mais
il faut que le cap soit maintenu. Votre message de fin.Nous saisissons cette opportunité
pour témoigner notre gratitude aux structures de l’Etat notamment le Secrétariat
Permanent du CNLS-IST et le PNLS-HV-IST, de même que les organisations de la société
civile et aux structures de prise en charge. Nos remerciements vont également au
PNUD, partenaire du projet « The Scale inititive », et à l’ONUSIDA, partenaire clé
de lutte contre le VIH au Togo. Mon message à l’endroit de la population est celui-
ci : On ne peut pas gagner la lutte contre le Vih SIDA sans garantir un environnement
favorable pour l’offre de services efficace aux populations clés.

 La stigmatisation et la discrimination des populations clé notamment des HSH doivent
absolument être évitées si nous voulons atteindre l’objectif des 3×95 de l’ONUSIDA
à l’horizon 2030.
