# Kiyou Ekpaou Sama « Nous nous voulons détecter les cracks, surtout scientifiques »

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- Published: 2019-02-11T11:46:31+00:00
- Author: Biscone ADZOYI

Jeune entrepreneur en informatique et patron d’une petite entreprise, SKE Group,
Kiyou Ekpaou Sama s’est révélé au Togo le 15 février 2018, en lançant officiellement«
Zovu », une plateforme qui se veut un accompagnateur éducatif dans un monde de plus
en plus sous l’emprise des TIC.  Si le nom séduit d’emblée et fait même sourire 
dans les écoles parce que rappelant facilement les cartouches, ou ces épreuves déjà
traitées qui reviennent en examen et assurant les bonnes notes, le concept plaît
et est rapidement adopté. Mieux, le modèle d’entrepreneuriat est apprécié dans la
sous-région où il décroche le prix du « Meilleur Manager d’entreprise de l’UEMOA
à la 4ième édition du Salon des Banques et PME de l’UEMOA en 2018 ». Zovu, MêWê 
Long,

**T.F. : _Pour les profanes, Zovu, c’est quoi ?_**

K.S. : Zovu est une plateforme numérique qui permet aux acteurs du monde éducatif
d’opérer un certain nombre de choses pour le bien de l’apprenant. Une sorte d’accompagnateur
dans le secteur de l’excellence, un secteur où le niveau des élèves est en train
de baisser sérieusement, faute de moyens adéquats pour les suivre. Zovu, c’est la
façon que nous avons trouvé pour accompagner les apprenants. Et dans un monde actuel
où les TIC, et les réseaux sociaux surtout, font la loi, il est très important de
leur offrir la possibilité de mieux utiliser les outils numériques pour accéder 
à l’excellence, qui est la clé pour réussir dans la vie.

![30145 in 1 TogoFirst 30145 Zovu 2](https://i0.wp.com/www.togofirst.com/images/
30145-in-1-TogoFirst-30145-Zovu_2.jpg?ssl=1)

Photo de famille avec les éleves du concours 
MêWê Long

**T.F. : _Lorsque parlez d’apprenant, à qui pensez-vous précisément ? Elèves, Lycéens,
Etudiants ?_**

K.S. : Ça va même au-delà des étudiants, le terme peut couvrir aussi ceux qui pour
diverses raisons n’ont pas pu progresser dans leur scolarisation et se retrouvent
un peu « analphabète ». A un certain moment, ces personnes cherchent également à
s’insérer dans le monde d’aujourd’hui, qui demande un certain niveau éducatif. Cela
dit, dans un premier temps, au niveau de notre plateforme, nous nous focalisons 
beaucoup plus sur les élèves, notamment, ceux du collège et du lycée. Plus tard,
nous irons vers le primaire, et aussi le supérieur. Nous ambitionnons également 
d’offrir des programmes d’alphabétisation. Zovu se veut dans un futur proche, un
moyen utile et facile d’apprendre, tout en faisant un bon usage des TIC.

**T.F. : _D’où est venue l’idée de créer cette plateforme ?_**

K.S. : Tout a commencé en 2012, lorsqu’une de mes cousines m’a demandé des épreuves
du collège. Je lui ai promis de les lui trouver parce que je me disais que même 
si je ne trouvais pas les miennes propres, en quelques coups de fil, je les aurai
par des amis, des camarades ou des connaissances. Figurez-vous que jusqu’à la fin
de l’année, je n’ai pas trouvé une seule épreuve. Le plus douloureux est que ma 
cousine a échoué à son examen en fin d’année et a redoublé. Cela m’a profondément
marqué. Je culpabilisais et je n’arrêtais pas de me répéter que si j’avais trouvé
quelques épreuves pour elles, elle aurait peut-être réussi. Et en y réfléchissant,
je me suis demandé pourquoi elle devrait avoir autant de mal à trouver des épreuves,
et être obligée de le demander à des anciens élèves. Pourquoi n’y a-t-il pas une
banque d’épreuves quelque part, un peu comme les annales qui se vendent souvent,
où elle pouvait tout simplement aller les récupérer ?  

Dans un monde désormais dirigé par le numérique et dans lequel l’accès à l’information
est de plus en plus aisé, pourquoi les contenus locaux ne sont pas facilement disponibles?
J’ai donc pris un calepin et un crayon et j’ai commencé par élaborer un programme
qui pourrait faciliter tout cela. J’ai vu un peu mon propre parcours, mes difficultés,
mon entourage, mes amis dans l’enseignement, à différents niveau et j’ai fait une
petite étude.

![30145 in 2 TogoFirst 30145 Zovu 2](https://i0.wp.com/www.togofirst.com/images/
30145-in-2-TogoFirst-30145-Zovu_2.jpg?ssl=1)

Le président de la plateforme ZOVU, 
Kiyou Ekpaou Sama

J’ai assemblé un cahier de charge, que j’ai bien structuré, et quelques années plus
tard, en 2015, avec une équipe dont je me suis entouré, la version beta du logiciel
a été conçue. Nous l’avons mise en exploitation pour observer les interactions et
intégrer au fur et à mesure les corrections dans la mesure de nos moyens et par 
la grâce de Dieu, en février de l’année dernière, nous avons enfin procédé au lancement
de la plateforme Zovu (_qui signifie en argot scolaire de la langue mina, « épreuve
déjà vue ou traitée », ndlr_).

**T.F : _Aviez-vous au préalable une formation ou une qualification en informatique?_**

K.S. : Disons que j’ai un parcours vraiment atypique. Après le bac, j’ai un peu 
déambulé sur le campus. « _Je me suis cherché_ », comme on dit chez nous. Le temps
passant, j’ai décidé de rentrer dans la vie active et ne plus dépendre des parents.
J’ai donc enchainé les petits boulots, jusqu’au jour où un proche ayant une société
dans le développement d’applications m’a proposé de venir travailler dans son entreprise.
C’est là que j’ai découvert l’univers du développement et de l’informatique en général.
Je n’étais pas forcément emballé mais au moins j’apprenais des choses et ça servait.
Lorsque je me suis senti capable de voler de mes propres ailes, j’ai décidé de monter
une structure dans le numérique parce que j’avais finalement accumulé assez de contacts
et j’ai créé mon entreprise SKE Group. C’est d’ailleurs sous cette bannière qu’on
a initié Zovu avec mon groupe d’amis.

**T.F. : Comment ça fonctionne ?**

K.S. : Il permet aux apprenants d’avoir accès aux épreuves corrigées des établissements
partenaires qui sont sur la plateforme. Il y a donc les fournisseurs de contenus,
les écoles, les professeurs qui veulent bien rendre accessible leur données et les
utilisateurs de contenu qui sont les élèves et tous ceux qui sont intéressés par
les contenus. Les professeurs sont eux aussi parfois utilisateurs de ces contenus.

Zovu en tant que structure ne crée aucun contenu. Nous sommes juste une interface
qui héberge les épreuves que d’autres viennent consulter et utiliser. Maintenant
Zovu compte offrir d’autres services. Nous ne concentrons plus uniquement sur la
plateforme, parce que nous nous sommes rendu compte au bout de deux ans de phase
pilote qu’au-delà de la plateforme elle-même, il y a pas mal de chose qu’il faut
faire en amont.

Au niveau de notre entreprise, il n’était pas logique de commencer simplement avec
cette plateforme pour être viable, parce qu’économiquement on ne peut pas tenir,
surtout si l’on devait seulement compter sur les entrées liées aux fonctionnalités
qu’on a développé.

La pénétration d’Internet au pays  n’est pas encore optimale et nous risquons de
n’offrir des services qu’à une frange d’élèves. Vu que nous comptons à un moment
rendre payants quelques services.

Nous développons donc actuellement d’autres stratégies, qui vont, tout en nous rendant
plus visibles, permettre de poursuivre notre idéal qui est de voir le maximum d’apprenants
ou de personnes dans le secteur éducatif s’épanouir et réussir.

D’où le concours « _MêWê Long_ » par exemple, le « _Tableau d’honneur_ », le « _Meeting
exam sport_ », activité que nous allons lancer bientôt et qui permet aux élèves 
qui ne pratiquent pas de matières sportives le long de l’année, faute d’installation
sportives ou de personnel dans leur école, de bien se préparer pour leur examen 
sport.

Nous prévoyons également un Forum d’Orientation des apprenants, pour informer ceux
qui sont en classe d’examen, et leur donner des conseils utiles afin de mieux s’orienter
une fois à l’université.

**T.F. : _MêWê Long, on en parle ? Qu’est-ce que c’est ?_**

K.S. : Mêwê Long veut dire « _Je suis intelligent_ » en Kabyè (_langue du nord du
pays, ndlr_). C’est un concours qu’on organise via la plateforme, pour permettre
à des élèves qui sont bons dans leur matière de base, mais pas dans toutes les matières,
d’être récompensés. Notre système est tel qu’il fait la promotion de ceux qui sont
juste excellents dans tous les domaines. Nous nous voulons détecter les cracks, 
disciplines par disciplines, surtout scientifiques.

![30145 in 3 TogoFirst 30145 Zovu 2](https://i0.wp.com/www.togofirst.com/images/
30145-in-3-TogoFirst-30145-Zovu_2.jpg?ssl=1)

Des élèves recevant leurs prix

**T.F. : Est-ce que vous bénéficiez d’un accompagnement, des partenaires ou des 
sponsors ?**

K.S.: Oui nous avons quelques partenaires qui nous accompagnent au niveau de quelques
activités comme Mèwê Long par exemple. Nous avons des sociétés comme Teolis, la 
DOSI (délégation à l’organisation du secteur informel, ndlr), T-Oil, Ogar Assurance
qui ont décidé de nous accompagner. C’est le lieu de leur dire Merci.

Mais le défi est important et nous profitons de votre canal pour lancer un appel
aux sponsors ou aux entreprises qui voudraient bien s’impliquer dans le secteur 
de l’éducation. Nous envoyons des centaines de courriers mais nous n’avons pratiquement
pas de retour donc c’est un peu difficile de concrétiser notre vision.

**T.F: _Quelles sont vos ambitions ou vos perspectives pour le futur?_**

K.S.: Jusqu’à la fin 2019, l’objectif est de se déployer à l’extérieur et essayer
notre modèle aussi là. D’ici là, nous voulons avancer encore un peu plus, mettre
Zovu dans les habitudes. Il y a des opportunités qui s’offrent à nous et nous pensons
qu’elles vont nous aider à mieux nous développer.

Zovu est le fruit d’un travail qui a commencé en 2015 et depuis tout ce temps nous
avons évolué en auto financement. Bien sûr nous avons fait des progrès, gagné même
un prix à l’extérieur mais il nous faut un accompagnement afin de nous permettre
de sortir la tête de l’eau.

Aujourd’hui nous avons 25 établissements partenaires, 250 enseignants avec lesquels
nous travaillons et près de 1000 personnes qui ont déjà utilisé Zovu. Mais pour 
que cela soit encore plus impactant, il faudra que les décideurs, les bonnes volontés
nous accompagnent, parce que les élites qui constitueront le Togo de demain se trouvent
justement sur les bancs et ils ont besoin de nous.

**_Interview réalisée par Octave A. Bruce_**

SOURCE: [Togofirst](https://www.togofirst.com/fr/education/0802-2509-rencontre-avec-kiyou-sama-fondateur-de-zovu-corporation-et-du-concours-mewe-long)
