# Dr. Paulin Basinga : « Le triomphe historique du Niger sur la cécité des rivières est une lueur d’espoir pour l’Afrique »

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- Published: 2025-03-03T11:45:52+00:00
- Author: Biscone ADZOYI

Dr. Paulin Basinga appelle à augmenter les investissements et à accorder davantage
de financement aux projets/programmes et actions de lutte contre les maladies tropicales
négligées (MTN). C’est l’un des messages clés, d’une tribune publiée par Dr. Paulin
Basinga, directeur de la santé pour l’Afrique à la Fondation Bill & Melinda Gates
à l’occasion de l’annonce par l’OMS de l’éradication de l’onchocercose par le la
République du Niger.

**Elite d’Afrique vous propose en lecture sa tribune.**

Dans un petit village de la région de Tahoua, au Niger, un homme du haut de ses 
80 ans est assis à l’ombre, ses yeux voilés par une cécité irréversible. Sa femme,
septuagénaire, est assise à proximité, son corps couvert de cicatrices sous ses 
vêtements. Ils font partie des dernières personnes au Niger que le Dr Salissou Adamou
a traitées pour la cécité des rivières (également connue sous le nom d’onchocercose),
une maladie cruelle qui prive les gens de leur vue, de leur santé et de leur dignité.

Environ 70 % des membres de cette communauté ont souffert de la cécité des rivières,
l’une des 21 maladies tropicales négligées (MTN) qui, à elles seules, touchent plus
d’un milliard de personnes dans le monde. Cette maladie a fait des ravages dans 
les écoles et les exploitations agricoles locales, plongeant les familles dans la
pauvreté. Un grand nombre de leurs voisins ont fui en cherchant une solution, à 
la fois pour échapper à la maladie et pour fuir la peur.

En moins d’une génération, le contexte s’est remarquablement amélioré. Cela est
dû en grande partie grâce à M. Salissou, qui coordonne le programme national de 
lutte contre la cécité des rivières au Niger avec le soutien du Comité pour l’élimination
de l’onchocercose, un réseau mondial d’ONG et d’experts de la maladie, ainsi que
des sociétés pharmaceutiques et des donateurs. Plus tôt dans la journée, l’Organisation
mondiale de la santé (OMS) a certifié que le Niger avait éliminé la cécité des rivières
en tant que problème de santé publique, ce qui signifie qu’aucun enfant né au Niger
aujourd’hui ne craindra d’être aveugle de façon permanente à cause de cette maladie
évitable.

Cette avancée extraordinaire, qui s’est faite en 45 ans, n’est pas seulement un
triomphe en matière de santé publique. C’est la preuve de ce qui est possible lorsque
les pays touchés et les donateurs mondiaux s’unissent derrière un objectif commun.
Et ce ne sera pas la dernière, car chaque jour, des champions locaux comme le Dr
Salissou font tomber les barrières pour éliminer les MTN et s’assurer qu’elles ne
reviennent pas. Certains font office d’historiens, passant au peigne fin de vieilles
cartes et de vieux dossiers pour identifier tous les villages qui ont signalé un
cas. D’autres se portent volontaires pour servir d’appât humain, s’asseyant pendant
des heures sur le lit des rivières – la peau exposée – pour attirer et attraper 
de minuscules mouches avant qu’elles ne piquent, une tâche dangereuse mais nécessaire
qui permet aux scientifiques de suivre la propagation de la maladie.

Leurs efforts inlassables méritent à la fois une large reconnaissance et le soutien
total des bailleurs de fonds et des décideurs politiques.

Les programmes visant à éliminer les MTN telles que la cécité des rivières font
bien plus que restaurer la santé. Ils permettent aux enfants de rester à l’école,
aux adultes d’aller travailler et aux familles d’échapper à la pauvreté. Rien qu’au
Niger, on estime que l’élimination de la cécité des rivières ajoutera 2,3 milliards
de dollars à l’économie du pays en permettant à un plus grand nombre de personnes
de mener une vie productive. Le rapport coût-efficacité est frappant : de nombreuses
personnes peuvent être atteintes et traitées pour moins de 50 cents de dollars par
personne.

À l’échelle mondiale, 55 pays ont désormais éliminé au moins une MTN, ce qui représente
plus de la moitié du chemin à parcourir pour atteindre l’objectif de 100 pays d’ici
à 2030 fixé par l’OMS.

Plus de 20 de ces pays se trouvent en Afrique, ce qui constitue un exploit remarquable
compte tenu de la charge de morbidité disproportionnée de ce continent. Pourtant,
plus d’un milliard de personnes dans le monde restent exposées au risque. Pour honorer
les efforts des champions locaux et accélérer les progrès, les programmes de lutte
contre les MTN ont besoin de ressources plus importantes et de meilleure qualité.

Tout d’abord, les gestionnaires de programmes ont besoin de données fiables pour
comprendre les lieux de propagation des maladies afin que les personnes reçoivent
un traitement en temps voulu.

 Des technologies telles que l’intelligence artificielle et la cartographie géospatiale,
qui combinent des données sur les conditions météorologiques, les populations et
d’autres éléments de manière visuelle, permettent de localiser plus précisément 
les habitats changeants des insectes vecteurs de maladies, afin que les équipes 
sachent dans quelles zones allouer des ressources. Les investissements dans le développement
de ces outils permettront de s’assurer que les programmes les exploitent au maximum.

Le dépistage des maladies n’est qu’une partie du défi. Les équipes chargées des
programmes ont besoin de médicaments efficaces pour prévenir ou traiter rapidement
les maladies. Bien qu’il existe de nombreux traitements éprouvés, des schémas thérapeutiques
plus courts permettraient aux agents de santé de traiter les malades en moins de
consultations et sur des périodes plus courtes, ce qui accélérerait les délais d’élimination.
En 2023, moins de 10 % des fonds consacrés à la recherche et au développement pour
la plupart des maladies infectieuses ont été affectés aux MTN, ce qui ne représente
qu’une petite fraction de ce qui est nécessaire pour s’attaquer pleinement aux MTN.
Même avec des données et des médicaments, les pays ont besoin d’un financement flexible
pour s’adapter à l’évolution de la situation et pour orienter la planification. 
C’est précisément ce que fait le fonds « Reaching the Last Mile » (Atteindre le 
dernier kilomètre) (RLMF), une plateforme de financement collaborative et diversifiée,
en réunissant des autorités locales, des bailleurs de fonds internationaux, des 
entreprises et des ONG pour soutenir les gestionnaires de programmes dans leurs 
priorités essentielles, qu’il s’agisse de renforcer les capacités des laboratoires
locaux ou de donner aux travailleurs de la santé les moyens d’atteindre les populations
vulnérables.

En 2023, le Fonds « Reaching the Last Mile » a audacieusement élargi son objectif
afin d’atteindre tous les pays d’Afrique où la cécité des rivières et la filariose
lymphatique sont endémiques d’ici 2030, soit cinq fois plus que l’objectif initial.
La Fondation Gates est fière de s’associer à d’autres partenaires désireux de soutenir
cette vision, mais l’augmentation des objectifs du fonds s’est accompagnée d’une
augmentation de ses besoins de financement. Des investissements accrus de la part
des bailleurs de fonds et des pays endémiques aideraient les pays du continent à
mettre en place des programmes de traitement dans un plus grand nombre de communautés
et à veiller à ce que les progrès durement acquis soient préservés même après l’arrêt
du traitement – reproduisant ainsi le succès du Niger à grande échelle.

Dans le contexte actuel, nous devons donner la priorité aux investissements qui
ont un effet transformateur. S’il existe de nombreuses opportunités intéressantes
dans le domaine de la santé publique, les programmes de lutte contre les MTN représentent
une opportunité inégalée. Rien qu’au Niger, on estime que l’élimination de la cécité
des rivières a ajouté 2,3 milliards de dollars USD à l’économie du pays entre 1976
et 2019 – lorsque la plupart des programmes étaient actifs – permettant ainsi à 
davantage de personnes de mener une vie saine et productive.

Les bailleurs de fonds internationaux et les pays endémiques sont redevables à 
ceux qui sont en première ligne de la lutte et doivent faire plus en mettant tout
leur soutien financier et politique au service des programmes de lutte contre les
MTN. Ensemble, nous pouvons faire de la réussite historique du Niger le catalyseur
d’un mouvement mondial, en permettant à des millions de personnes d’échapper à la
négligence et en donnant de l’espoir à ceux qui souffrent encore.

Au Niger, cela fait des années déjà que l’équipe de Salissou a traité les derniers
patients atteints de cécité des rivières et qu’elle a entamé le long chemin vers
la certification de l’élimination de la maladie. Aujourd’hui, de plus en plus de
jeunes n’ont jamais entendu parler de la maladie, ce qui représente un profond symbole
de progrès, que nous pouvons continuer à reproduire, j’en suis persuadé.
