# Les raisons de la dislocation de la coalition des 14

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- Published: 2019-03-26T18:15:37+00:00
- Author: La Rédaction

Après le boycottage des législatives de décembre 2018, sept des 14 partis de la 
coalition ont claqué la porte, dont plusieurs poids lourds politiques.

« Nous avons marché durant des mois sous un soleil chaud et parfois sous la pluie,
espérant venir à bout du régime en place. Mais nous nous sommes trompés, car les
leaders de l’opposition ne font que se déchirer », déplore Afiwa Yogué, vendeuse
de tissu à Lomé, au Togo. « Nous sommes fatigués d’eux », ajoute la commerçante 
de 34 ans, déçue des divisions au sein de l’opposition dans ce pays d’Afrique de
l’Ouest.

Ces querelles minent la principale coalition de l’opposition, C-14, qui regroupe
14 partis et avait organisé des manifestations très suivies contre le régime du 
président Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005.

Entre septembre et octobre 2017, elles avaient drainé une marée humaine dans les
rues de Lomé et de plusieurs grandes villes du nord du pays. Les manifestants exigeaient
notamment la démission du chef de l’Etat, au pouvoir depuis la mort de son père,
lequel avait dirigé le Togo d’une main de fer durant trente-huit ans.

« Déficit de cohésion et de confiance »

Mais, depuis deux mois, plus de manifestations. La dernière remonte au 26 janvier
et n’avait réuni qu’un maigre cortège.

Sept partis ont depuis claqué la porte de la coalition, dont le Parti national panafricain(
PNP) de Tikpi Atchadam, l’homme fort du soulèvement populaire, en exil depuis plus
d’un an.

L’Alliance nationale pour le changement (ANC) de l’ex-chef de file de l’opposition
Jean-Pierre Fabre et le Comité d’action pour le renouveau (CAR) de Me Yawovi Agboyibo,
ancien premier ministre et grande figure de l’opposition, ont eux aussi quitté C-
14 pour marquer leur désaccord avec l’orientation du mouvement.

« Certains pensent qu’il faut restructurer la coalition et la doter d’une charte.
Nous ne sommes pas d’accord, car ce n’est pas ce qui a manqué à la lutte : c’est
plutôt la généralisation de la mobilisation », a expliqué le secrétaire général 
du PNP, Kossi Sama.

Selon Fulbert Sassou Attisso, président du parti Le Togo autrement (LTA), « le bilan
de la lutte menée par la coalition depuis dix-huit mois n’est pas positif ». « La
responsabilité de ce nouveau revers est collective. Mais elle est due à une culture
politique que l’opposition togolaise traîne depuis le début de la lutte en 1990 »,
a déclaré à l’AFP M. Attisso, qui a lui aussi claqué la porte de la coalition.

Les autres membres de C-14 ont admis à demi-mot l’échec de la coalition, affirmant
dans un bilan publié le 12 mars qu’elle « n’a atteint aucun des objectifs qu’elle
s’est fixés ». « Le parcours de la coalition a été marqué par un déficit de cohésion
et de confiance », ont-ils déploré.

L’opposition réclame notamment des réformes constitutionnelles pour limiter à deux
le nombre de mandats présidentiels et instaurer un scrutin à deux tours pour la 
présidentielle.

Elle exige aussi la libération de toutes les personnes arrêtées lors des manifestations.
Une soixantaine d’entre elles est toujours détenue.

« Grave erreur » tactique

Outre ses dissensions internes, la coalition est secouée par une affaire de corruption
portant sur 30 millions de francs CFA (45 700 euros), don d’un chef d’Etat de la
région.

L’un des responsables de C-14 a confirmé la semaine dernière sur une radio locale
que la coalition avait bien reçu ce don, mais a souligné qu’il avait servi à organiser
les manifestations.

« Nos leaders de l’opposition ont intérêt à se ressaisir. Le peuple s’est encore
mobilisé derrière eux, mais ils nous ont encore déçus », a déploré Attah Hinnou,
44 ans, gérant d’une station-service à Lomé.

Depuis 1990, l’opposition a souvent manqué d’une stratégie cohérente. Les tentatives
de candidature unique ont toujours échoué la veille des scrutins présidentiels, 
laissant un boulevard au régime en place.

L’opposition a également boycotté plusieurs fois les élections législatives. Notamment
celles de 2002, ce qui avait permis au pouvoir de modifier à sa guise la Constitution,
et celles du 20 décembre 2018. Cette dernière décision a « agi fortement sur la 
coalition. Les responsables de ce regroupement sont bien conscients qu’ils ont commis
une grave erreur, après plusieurs mois de lutte », estime Edouard Baglo, un politologue.

Les dirigeants de C-14 avaient dénoncé des « irrégularités » dans l’organisation
du scrutin législatif tandis que les observateurs de l’Union africaine (UA) et de
la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) en avaient salué
la bonne tenue. Quant aux dirigeants ouest-africains, ils avaient jugé ces élections«
libres et transparentes », conformes à leur feuille de route pour une sortie de 
crise au Togo.

Source: [Togotribune](https://togotribune.com/news/lopposition-togolaise-affaiblie-par-ses-querelles-internes/)
