# OBUTS fera volontiers une entrée dans le prochain gouvernement

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- Published: 2016-02-18T10:01:06+00:00
- Author: Marc ABOFLAN

**L’adoption récente du décret d’application de la loi portant statut de l’opposition,
a fait couler beaucoup d’encres et de salives. Fidèle à notre leitmotiv qui est 
de donner la parole à tous les acteurs, Elite d’Afrique a tendu le micro à Gérard
ADJA, premier vice-président du parti Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo
Solidaire (OBUTS). « Cette loi en l’état, est à saluer, mais comporte des injustices»,
rappelle le bras droit d’Agbeyomé Kodjo dans cet entretien. Pour M. Adja, il est
indispensable de réorganiser l’opposition, pour éviter d’abandonner le peuple et
ouvrir ainsi un boulevard aux abus. Le parti de l’ancien premier ministre Kodjo,
n’exclut pas une participation au prochain gouvernement, et assure que ses membres
sont disposés à apporter leurs compétences s’ils sont sollicités. Lecture.**

** **

**Elite d’Afrique : Un débat a lieu actuellement autour de la personne qui devrait
incarner le chef de file de l’opposition, quelle est votre position à l’OBUTS par
rapport à ce débat ? **

**Gérard Adja** : D’abord je voudrais vous remercier pour l’opportunité que vous
me donnez  pour exprimer mon point de vue sur cette situation qui fait la une ces
temps-ci. Je dirai que c’est une bonne chose d’avoir un statut de l’opposition ;
et je crois que le gouvernement est à saluer et à féliciter d’avoir pensé à réglementer
la vie politique dans notre pays en faisant voter cette loi. Pourtant, dans le vote
de la loi, il y a eu des injustices comme le cas de l’article 2, qui dit que sont
de l’opposition, les  partis politiques qui se déclarent comme tel à l’assemblée
nationale. Et les partis qui ne sont pas à l’assemblée nationale  et qui  n’ont 
pas l’opportunité de se déclarer à l’opposition en ce moment là ils sont de quel
côte ? De l’opposition  ou du parti au pouvoir ?

Donc il y a cette incongruité au niveau de la loi. Je pense que le parti majoritaire
et les partis de l’opposition à l’assemblée nationale qui ont accepté cette loi 
dans cette configuration ont commis une faute contre l’ensemble des partis politiques
de l’opposition parce que ce n’est pas normal que les choses soient ainsi. Cette
loi adoptée comme tel, pose un autre problème,  parce que si on dit qu’il faut juste
aller se faire enregistrer comme étant de l’opposition et puis on l’est ou bien 
on le devient, je pense qu’il y a un problème, parce que toutes les manœuvres sont
possibles lorsqu’il s’agira à certain niveau de faire les choses de manière équitable;
et on demandera qui est de l’opposition, qui n’est pas de l’opposition.

> Cette loi donnera l’occasion de faire des manœuvres

Donc les partis de l’opposition à l’assemblée nationale auraient pu voir cette subtilité
et éviter que cette loi soit votée comme tel ou proposer des amendements pour que
la loi soit un peu plus  juste. Donc a mon avis, à ce jour, cette loi est bienvenue
mais elle reste à améliorer. Maintenant  pour  aller plus directement  sur l’intention
de votre question, je crois que c’est bien que le statut soit fixe, c’est bien qu’on
définisse des conditions pour que le chef de fil de l’opposition puisse aussi faire
un travail digne de l’opposition. C’est une bonne chose mais, l’interprétation que
les uns et les autres font de cette nouvelle  et puis la manière dont on prend les
choses me paraît moi un peu chaotique, parce que  j’ai comme l’impression qu’on 
ne voit pas l’essentiel qu’il faut faire en ce moment.

** **

**EA : Et quel est l’essentiel selon vous ?   **

**Gérard Adja : **une réorganisation de la vie politique dans notre pays, c’est 
ça pour moi l’essentiel ; une réorganisation de la vie politique autant au niveau
du pouvoir qu’autant au niveau de l’opposition, parce que vous savez le pouvoir 
n’est crédible que lorsqu’il y a une opposition crédible. Alors si le pouvoir tout
le temps cherche à affaiblir l’opposition je crois que c’est lui-même qui s’affaibli,
parce que d’un moment à un autre quand l’opposition n’aura plus de mots à dire et
que le pouvoir semblera être sur un boulevard, tous les abus seront permis et le
peuple en  ce moment serait abandonné à lui-même. Un peuple abandonné à lui-même
pourra à tout moment faire des choses qui ne sont pas tolérables et c’est ce que
nous avons constaté un tout petit peu avant les fêtes de fin d’année, quand l’insécurité
grandissait à Lomé un peu partout. Tout le monde criait mais, on avait l’impression
qu’il a démission du pouvoir, l’opposition n’avait  pas son mot à dire, parce que
qui va dire quoi, contre qui ?

Le peuple semblait être voué à la merci de tous ces gangs là qui opéraient au vu
et au su de tous. Personne n’a pu rien dire et le peuple se défendait tel qu’il 
pouvait. Et donc je crois que c’est des choses comme ça qu’il faut éviter en faisant
en sorte que le parti au pouvoir soit bien organisé, travaille dans l’intérêt général
et que l’opposition soit aussi bien organisée et travaille pour que le pouvoir en
place puisse recadrer ou recadre les mauvais comportements pour que le peuple en
bénéficie dans tous les cas. C’est l’essentiel à mon avis.

 

**EA : est-ce que le débat aujourd’hui au tour de la question du statut de l’opposition
du chef de file de l’opposition n’éloigne pas des questions prioritaires aujourd’hui
notamment des réformes  constitutionnelles et les élections locales ? **

**Gérard Adja** : Cela ne devrait pas en principe, parce que c’est aussi une nécessité
qu’on essaie de réorganiser un peu dans la vie politique dans notre pays. C’est 
une bonne chose, mais le débat concernant les reformes et les élections locales 
est permanent et on doit arriver à bout de ces reformes là. Je crois aussi qu’il
est vrai que le pouvoir peut,  à bon droit, essayer de manœuvrer pour  retarder 
le plus possible ces reformes là, parce qu’il faut noter que si le pouvoir a l’opportunité
de faire trainer les choses c’est parce que nous-mêmes qui sommes de l’opposition
leur donnons cette opportunité.

> Si on usait d’un peu plus d’intelligence et de savoir faire, on aurait plus contraindre
> le pouvoir à faire ces reformes à un moment donné.

Nous avons commis des erreurs du côté de l’opposition et jusqu’à présent ceux qui
sont au devant de cette opposition et qui devraient normalement permettre que ces
reformes soient faites n’ont pas joué un bon rôle; il faut qu’ils le sachent et 
le reconnaissent pour qu’ils cherchent surtout à recoller les morceaux et puis à
se remettre en cause pour définir une nouvelle et bonne stratégie parce que si  
nous voulons continuer avec les mêmes pratiques, les mêmes méthodes sachant que 
les résultats seront les mêmes, nous ferons du surplace.

Les reformes sont toujours d’actualité même si on en parle pas. Il y a des contacts,
des discussions en coulisses pour que les reformes aient lieu ; c’est la pression
qu’il faut mettre qui manque aujourd’hui. Quel moyen  a t- on pour la pression ?
Si ce n’est pas la mobilisation populaire, or la mobilisation populaire nous l’avons
tué nous-mêmes en la banalisant, en lui enlevant  la quintessence. Aujourd’hui, 
le peuple se sent désabusé  parce qu’on l’a utilisé pendant longtemps dans la rue
tous les samedis et puis à un moment donné ce qu’on cherche on ne l’a pas trouvé.
Le peuple s’est senti floué parce qu’à chaque samedi on promet qu’on y arrivera,
finalement on n’y est pas arrivé.

** **

**EA : A suivre votre discours, on sent que le lien entre vos anciens partenaires
de l’opposition est définitivement rompu. Est-ce que l’OBUTS est en train de s’éloigner
de l’opposition traditionnelle pour rejoindre le camp du pouvoir ?**

**Gérard Adja** : Il ne faut pas prendre les choses de cette manière. Nous avons
travaillé à la création du CST (Collectif Sauvons le Togo) dont nous sommes membre
fondateur. Malheureusement, par nos méthodes de gloutonnerie et de manque de volonté
pour faire aboutir correctement les choses, ce regroupement qui à mon avis était
un bon instrument pour amener à l’alternance est parti en lambeau. C’est vraiment
dommage ! C’est regrettable ! CAP 2015 est allé à l’élection présidentielle, nous
avons vu les résultats. Nous n’y étions pas associés, depuis lors nous avons fait
entre temps  une sortie pour faire comprendre à l’opinion nationale et internationale
que nous changeons de stratégie. La stratégie pour nous aujourd’hui, c’est de travailler
de tous les côtés pour que les uns et les autres comprennent que le Togo c’est pour
nous tous et le Togo c’est nous tous qui devrons le construire. Alors si c’est pour
nous tous et c’est nous tous qui allons le construire, il faut travailler de  tous
les côtés. Donc travailler aussi du côté du pouvoir pour essayer de leur faire comprendre
qu’il y a nécessité de mettre de l’eau dans le vin et de changer de méthodes.

Ce n’est pas en étant vindicatif ou en étant  opposé de façon violente avec des 
mots et des méthodes qu’on arrive toujours à faire comprendre à l’autre que nous
avons besoin de changement. C’est avec la méthode douce, avec le dialogue et la 
concertation, avec surtout la volonté de convaincre de mieux faire, qu’on peut changer
les choses dans la douceur. Le plus souvent, c’est cette méthode qui réussi. Il 
est vrai que vous voyez notre Président à côté du Chef de l’Etat depuis quelques
temps dans certaines manifestations,  il est vrai aussi que nous avons changé de
stratégie entre temps, en se disant que le travail c’est des deux côtés qu’il faut
le faire, donc ce n’est pas parce que notre Président s’approche du Chef de l’Etat
pour discuter avec lui et apporter son expérience et l’aider à comprendre que le
changement c’est pour nous tous, ce n’est contre personne, qu’il faut considérer
qu’OBUTS n’est plus de l’opposition . Si on est plus de l’opposition est-ce qu’on
a eu une responsabilité au niveau du pouvoir aujourd’hui ? Nous n’avons aucune responsabilité!
C’est lorsque nous aurons une responsabilité en nous associant  au pouvoir que nous
pouvons être considérés  comme étant du pouvoir.

> Notre Président s’approche du Chef de l’Etat pour discuter avec lui et apporter
> son expérience et l’aider à comprendre que le changement, c’est pour nous tous.

 

**EA : C’est une éventualité ?**

Oui cela peut arriver à tout moment  parce que nous sommes des citoyens togolais
et nous avons des expériences et des compétences à mettre à la disposition de notre
pays. Et si on fait appel à nos expériences, nous ne pouvons pas refuser de ne pas
mettre nos expériences à la disposition de notre pays. Nous le ferons volontiers.
Donc ce n’est pas parce que notre président peut se retrouver dans telle ou telle
instance, autant il va du côté du pouvoir, il est également du côté de l’opposition,
s’il y a des manifestations. Malheureusement l’opposition ne peut organiser des 
manifestations officielles si non vous le trouverais bien là-bas; mais à des manifestations
privées où on peut retrouver le chef de file de l’opposition d’aujourd’hui et que
bien d’autres présidents de partis vous trouverez notre président, moi-même.

 

**EA : Actualité politique oblige, la libération récente Pascal Bodjona fait la 
Une actuellement, vous-mêmes êtes inculpé dans l’affaire des incendies. Quelle est
votre réaction ? Cette libération vous fait- elle espérer que vous sortirez blanc
de cette affaire un jour ?**

Tout d’abord, je rends grâce à Dieu pour Pascal Bodjona, je rends grâce à Dieu et
je dis merci également aux autorités judiciaires qui ont  compris qu’il faut élargir
M. Pascal Bodjona à qui je voudrai dire toute mes félicitations et les encouragements
afin d’essayer d’oublier ses moment pénibles qu’il à dû passer lors de sa détention.

Aucune démocratie ne peut se construire sans une justice équitable, et pour une 
justice équitable, il faut que les juges prennent leurs responsabilités par rapport
au pouvoir politique, même s’il faut reconnaître que dans tout le pays il y a toujours
des incursions de la politique au niveau de la justice, il faut autant que faire
se peut, que les juges essayent de s’affranchir de l’influence politique pour comprendre
que les citoyens doivent se traiter de la même manière et que le droit soit dit.

j’espère que c’est un début de décrispation  de la vie politique et judiciaire dans
notre pays mais c’est les juges qui doivent prendre leurs responsabilités parce 
que demain les politiques y passeront un jour ou l’autre  mais les décisions de 
justice que vous prenez aujourd’hui peuvent  avoir des conséquences très tardives
et donc celui que vous condamnez aujourd’hui innocemment ou injustement qui sait
si demain il aura le pouvoir politique et donc il faut essayer au tant que faire
se peut d’être juste lorsqu’on est juge et on est appelé pour ça, j’espère que les
juges comprendront.

Dans le cas des incendies que vous évoquez, vous savez je connais le Togo, ce n’est
pas la première fois que j’ai été inculpé et puis je sais comment ça se passe quand
il s’agit d’une inculpation, non pas judiciaire, mais politique, je me sens vraiment
à l’aise et donc  inculpé oui mais je me sens libre, n’ayant rien à me reprocher.
Je me tiens à la disposition de la justice à tout moment lorsqu’ils voudront juger.

Mais ne faisons pas des choses pour avoir honte parce que cette nature est une nature
juste. Je considère cette affaire comme une erreur, il ne faut pas continuer à rester
dedans donc je suis libre dans ma conscience, je suis serein, je n’éprouve aucune
difficulté quant à ma conscience donc je continue mes mouvements très tranquillement.

**EA : Merci beaucoup et peut-être un mot de la fin **

Je dirai tout simplement qu’il faut que notre pays avance, c’est tout mon souhait.
Notre pays doit  avancer, notre pays doit vraiment avancer et je pense que le Chef
de l’Etat fait des efforts mais il doit en faire davantage et regarder autour de
lui pour essayer de faire évoluer les choses, parce que le plus souvent on a de 
la bonne volonté mais la pesanteur c’est souvent ceux qui donnent  des conseils 
autour. Il faut que ça aille parce que chacun cherche son petit intérêt donc en 
bon leader et un bon manager il écoute beaucoup des conseils mais c’est plutôt sa
conscience qui doit le guider le plus parce que c’est au niveau de la conscience
que Dieu parle à chacun.

 

Propos recueillis par Marc A.
