Un nouveau partenariat commercial entre les USA et l’Afrique

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Les travaux du 16ème forum annuel de l’ AGOA (African Growth and Opportunities Act), la loi sur la croissance et les opportunités pour l’Afrique, se sont tenus dans la capitale togolaise du 08 au 10 août dernier. Une occasion pour les hauts représentants commerciaux américains de s’entretenir avec des délégations ministérielles africaines sur les voies et moyens de faire d’ AGOA un outil de stratégique pour booster la croissance en Afrique.

Plus de 1000 experts et spécialistes de haut niveau des pays d’Afrique et des Etats-Unis, ont assisté aux travaux de ce seizième forum annuel de l’AGOA qui s’est tenu à Lomé. Placé sous le thème : « Les Etats-Unis et l’Afrique : partenariat pour la prospérité à travers le commerce », ce forum est le premier sous l’ère Donald Trump, qui jusqu’ici fait rarement cas du commerce avec l’Afrique, qui aujourd’hui encore représente moins de 01% des importations des USA.

En ouvrant les travaux des premières sessions consacrés au secteur privé et à la société civile, le premier ministre togolais, Komi Selom Klassou, qui représentait le chef de l’Etat, a salué le rôle de cette loi qui constitue un important pilier de la relation commerciale entre les pays d’Afrique et les Etats-Unis. « Ces sessions constituent des cadres de discussions par excellence pour lever les goulots d’étranglement observés dans la mise en œuvre de cet accord de partenariat qu’est l’AGOA, entre les Etats-Unis d’Amérique et les pays éligibles de l’Afrique subsaharienne. » a indiqué M. Klassou avant d’appeler les responsables d’entreprises et d’organisations sociales présents au forum à faire leur la question de l’inclusion avec un accent particulier sur l’Agrobusiness.

« La question de l’inclusion est un élément clé afin de permettre aux populations, surtout celles des zones rurales, de profiter pleinement des opportunités qu’offre l’AGOA.  L’agrobusiness représente également une occasion pour la diversification des produits de qualité à l’exportation et l’accroissement de l’investissement dans les infrastructures », a déclaré le chef du gouvernement.

« Nous nourrissons l’espoir qu’à l’issue de ce forum, vous prendrez des résolutions pour un secteur privé et une société civile dynamiques et performants, permettant de renforcer et de diversifier les exportations afin de saisir les multiples opportunités qu’offrent les marchés internationaux », a relevé Mme Bernadette Legzim-Balouki, ministre du Commerce et de la promotion du secteur privé, tout en reconnaissant que les dispositions fixées par l’AGOA n’avaient pas été exploitées de façon optimale par les pays du Sud..

 

Un nouveau partenariat

Le forum de Lomé a voulu redéfinir une nouvelle approche afin de permettre aux pays éligibles à la loi, de faire du commerce un véritable levier de développement socio-économique de leurs pays.

Une approche qui doit s’inscrire dans la dynamique tridimensionnelle du forum de Lomé à savoir : « produire, transformer et commercialiser » afin d’accroitre la part des pays africains en général et en particulier ceux éligibles à la loi AGOA dans le commerce mondial.

«Le thème de ce Forum « Etats-Unis/Afrique : partenariat pour la prospérité à travers le commerce» nous encourage à examiner les actions qui nous permettrons de saisir les opportunités de l’AGOA pour être compétitif sur le marché américain et profiter des avantages pour faire augmenter les revenus à nos populations pour une Afrique prospère et épanouie » a rappelé Bernadette Legezim-Balouki.

 

Komi Selom Klassou, à l’ouverture des travaux du Forum Ministériel de Coopération Economique et Commercial Etats-Unis/Afrique a souligné le rôle de la réduction de la pauvreté par la croissance économique que joue l’AGOA. « Au regard de sa finalité qui est de réaliser les conditions d’une prospérité partagée en agissant sur les leviers de la lutte contre la pauvreté, le partenariat instauré par l’AGOA doit être sans cesse évalué, repensé et amélioré pour rester efficace » a exhorté le chef du gouvernement.

« Cette rencontre représente un important jalon pour les acteurs présents en vue de faire de la coopération un outil de prospérité partagée », a-t-il déclaré.

Les participants africains au forum de Lomé ont tenté de trouver avec leur partenaire américain, des solutions aux difficultés liées à la mise en œuvre dans leurs différents pays de cette importante loi pour le développement du commerce; Lomé a été également une occasion d’envisager le futur des relations commerciales Afrique –Etats Unis après 2025 qui marque la fin de cette coopération économique.

Le manque d’infrastructures, les lacunes institutionnelles et culturelles, etc. sont quelques-unes des causes d’une utilisation limitée de l’AGOA par les pays éligibles qui sont actuellement au nombre de 38. Ces pays doivent remplir des conditions concernant les droits de l’homme, la bonne gouvernance et la protection des travailleurs.

Le forum de Lomé marque également un regain d’intérêt de Washington pour l’Afrique sur le plan commercial. Le nouveau président américain Donald Trump n’a pas montré de signes très encourageants pour le continent lors de ses premiers mois à la Maison Blanche. Il s’est jusqu’à présent concentré sur les accords de libre-échange nord-américains ou sur les accords commerciaux avec la Chine. Mais la délégation américaine de Lomé etait présidée par Robert Lighthizer, le représentant au Commerce des Etats-Unis, qui a souvent porté la voix de la maison blanche sur les questions de commerce. «Washinton a un intérêt très important pour le marché africain », a souligné M. Lighthizer.

Le forum s’est achevé sur un certain nombre de recommandations destinées à relancer la coopération économique entre les deux continents. Les responsables américains ont encouragé les Etats bénéficiaires à accélérer l’industrialisation et à réformer leurs économies en profondeur. Il a été recommandé une plus grande intégration régionale africaine grâce à des initiatives comme la Zone de libre-échange continentale (ZLEC). Les pays éligibles sont invités à adopter une position commune dans leurs relations commerciales et d’investissement avec les États-Unis.

Les autorités américaines se sont engagées à étendre leur appui aux membres de l’Agoa via l’Accord de facilitation économique (AFE) de l’OMC, en particulier en faveur de ceux qui n’ont pas accès au littoral pour réduire les coûts commerciaux et faire circuler les marchandises librement d’un Etat à l’autre.

« Il y a des opportunités pour les investisseurs américains dans plusieurs secteurs, a-t-il expliqué à l’AFP. Par exemple, dans le secteur de l’énergie électrique, les opportunités sont énormes. Il y a également l’agriculture. Les structures en Afrique doivent se moderniser, d’où l’accompagnement du secteur privé américain. » a indiqué le représentant américain.

 

Le Togo grand gagnant

Le forum de Lomé a été une réussite. Tant sur le plan organisationnel que sur le plan des recommandations sorties des travaux. Une belle prise que le pays qui veut se positionner comme centre de grands rendez-vous internationaux peut accrocher à son portfolio. « Tous mes collègues venus des Etats-Unis ont été très impressionnés par la façon dont les Togolais ont organisé cette conférence. Et c’est bon pour l’image de ce pays qui a montré qu’il a toutes les capacités d’accueillir de grands sommets et forums internationaux », a confié David Gilmour, l’ambassadeur des Etats-Unis à Lomé au site RepublicofTogo.

« Les résultats auxquels nous sommes parvenus me permettent d’affirmer sans me tromper que le forum a tenu toutes ses promesses », a affirmé Bernadette Legzim-Balouki, en clôturant les travaux. Toutes les parties se sont engagées à faire de la loi sur la croissance et les opportunités de développement en Afrique un cadre de partenariat gagnant-gagnant, a-t-elle ajouté.

Il faut dire que le Togo s’est dotée depuis belle lurette d’un plan d’action qui vise à renforcer sa capacité d’offre, à accroître et à diversifier ses exportations vers les Etats Unis. Cette stratégie a pour ambitions de faire du Togo un pays compétitif sur le marché américain en matière de commerce, contribuant ainsi de façon significative à la croissance durable de l’économie nationale.

Ce plan comprend un certain nombre d’axes majeurs comme le positionnement du secteur privé comme acteur principal, la mobilisation des investissements pour soutenir la production, la transformation et l’exportation dans les filières prioritaires retenues, la promotion du commerce équitable et la promotion des productions biologiques, notamment.

Le pays a été également honoré de décrocher un nouveau visa d’exportation vers les Etats unis, le visa textile. Annonce faite pendant le forum par le représentant américain. Ce visa textile est une bonne nouvelle à condition que le Togo développe sa production. Une bonne occasion pour le secteur privé de développer la filière locale. « C’est une bonne nouvelle pour notre pays. Il faut qu’on sensibilise maintenant nos opérateurs pour saisir cette opportunité », s’est félicité la ministre Legzim-Balouki.

Grâce à l’orientation de l’ambassade du Togo aux Etats-Unis, les opérateurs économiques togolais pourront désormais décrocher des contrats puis exporter leurs produits éligibles à l’AGOA sur le marché américain selon l’Ambassadeur Frédéric Hegbe. « L’Ambassade du Togo aux USA a une conseillère économique qui facilitera les échanges entre les opérateurs économiques togolais et américains. Avec la Chambre du Commerce et de l’Industrie du Togo, nous allons sélectionner un échantillon de produits « Made in Togo » afin d’organiser périodiquement des rencontres festives de présentation du génie créateur Togolais. Naturellement, ce sera des produits éligibles à la loi AGAOA » a-t’il expliqué.

Les participants au forum de Lomé ont pris rendez vous en 2019 à Abidjan en Cote d’Ivoire qui organise la prochaine édition du forum annuel AGOA.

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