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Avis d’un expert : Jean Didier Attingli explique tout sur “Les Bons sociaux Covid”

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La survenue de la maladie à Coronavirus, Covid-19 a apporté son lot de termes techniques et sanitaires qui jusqu’à un passé récent étaient pas ou peu connus du citoyen lambda. Au rang de ces termes, figure dans le domaine économique, les “Bons sociaux Covid”.

Le Togo, à l’instar de plusieurs pays en développement ont bénéficié de plusieurs instruments et facilitations sur les marchés régionaux afin de faire face à la crise sanitaire et socioéconomique entraînée par la pandémie, dont ces bons sociaux Covid.

Le 14 mai 2020, le Togo était sur le marché régional et y avait levé 108 milliards de F. CFA. Plus récemment, le 13 août sur le marché, lors d’une seconde sortie, c’est un montant de 70 milliards de FCFA que le pays a levé, portant ainsi le montant total levé par le pays à 178 milliards de FCFA de Bons sociaux Covid. Selon le gouvernement, ces mobilisations de fonds permettront de faire face aux dépenses liées à la riposte contre la maladie à Coronavirus.

Qu’est-ce que c’est qu’un bon social Covid ? Quelle est son origine ? Comment se fait la mobilisation et le remboursement de ces fonds ? Afin de répondre à ces interrogations, la rédaction d’Élite d’Afrique est allée à la rencontre de M. Jean Didier ATTINGLI, Responsable Bureau de Lomé à AFRICABOURSE. Échanges…

Elite d’Afrique : Qu’est-ce qu’un bon Covid et quelle est son origine ?

Jean Didier Attingli :  Un bon Covid-19 techniquement appelé «Bon Social Covid-19» est un nouveau véhicule de placement créé sur le marché des titres publics pour faire face aux besoins de financement des États de la zone UEMOA afin de leur permettre d’atténuer les impacts négatifs liés à la pandémie de la SARS-COV-2 appelée Coronavirus.

Donc pour faire face à la crise sanitaire, les partenaires techniques et financiers en collaboration avec nos chefs d’État ont mis en place cet outil d’appel public à l’épargne ( prêts de court terme) sur la base d’un programme d’émission d’une valeur globale d’environ 1.172 milliards de FCFA.

E.A : Pour un novice, comment pouvez-vous expliquer le fonctionnement de ce système de bons ?

J.D.A : Pour aller facilement, je dirai que les États demandent aux investisseurs de leur prêter de l’argent remboursable dans un délai à court terme de 3 mois à partir d’un taux marginal de 3,75% l’an. La mise en place de ce nouvel instrument a connu un succès inespéré avec une couverture de plus de 368%.

E.A : Justement, au cours de la pandémie, nous avons constaté que ces bons étaient vraiment à la mode et que souvent les souscriptions des investisseurs dépassent largement les attentes. Qu’est-ce qui explique ce succès ?

J.D.A : Plusieurs raisons expliquent ce succès. Nous pouvons en citer trois (3).

La première est que le refinancement est garanti non seulement par le guichet spécial de la BCEAO, mais aussi par un guichet spécial Covid-19. C’est à dire, en tant que banque, s’il arrive que vous aviez besoin de votre ressource avant le délai de 3 mois, la BCEAO pourra racheter le titre chez vous.

La seconde, c’est la volonté des investisseurs de venir en aide aux États dans cette lutte qui concerne tout le monde. C’est aussi la preuve d’une union sacrée des africains face à cette pandémie. De plus, le succès de cette mobilisation n’est pas seulement lié aux rendements, mais aussi à cette volonté d’unir les forces pour sauver l’économie de l’espace économique et monétaire UEMOA.

Et enfin, les investisseurs reçoivent le jour même de souscription, l’intérêt (intérêt précompté) sur leur souscription.

Elite d’Afrique : Alors, expliquez-nous comment se fait la mobilisation des fonds sur le marché

J.D.A :  La mobilisation se passe exactement comme un bon ordinaire.

L’agence UMOA-Titres qui est l’agence régionale de gestion et de promotion des titres publics de la zone UMOA (Union monétaire ouest-africaine), publie l’annonce ( avec les details comme : le pays, le montant recherché et la date de l’adjudication). Une fois ces informations connues par les investisseurs (banques, compagnies d’assurance, autres personnes morales et les investisseurs personnes physiques), chacun d’eux envoie sa soumission en précisant le montant et le prix de soumission. Le jour de la soumission, le trésor public du pays définit son critère de sélection ( taux marginal et montant) et le résultat est annoncé au plus tard dans l’après-midi du jour de la soumission. Dans tous les cas, les offres de soumissions devront leur parvenir à 10h GMT du jour indiqué sur la soumission.

Un exemple pour illustrer tout ceci : Je suis un investisseur. Pour participer à l’émission d’un bon COVID-19 je dois disposer d’un (1) million au minimum. J’envoie ma souscription en proposant un taux selon mes objectifs de rendement. Toutes les souscriptions viennent avec des taux différents et cela donne des taux multiples. De ces taux multiples, l’émetteur dégage un taux marginal selon ses objectifs également, ainsi toutes les soumissions ayant un taux inférieur ou égal au taux marginal verront leurs souscriptions retenues. Donc pour 1 000 000 FCFA avec un taux marginal de 3,75% je debourserai 962.500f (soit 1 000 000 FCFA – l’interêt soit 37.500f), si le bon est sur 1 an et 990.625 FCFA dans le cas d’espèce des bons sociaux COVID-19 sur une durée de 3 mois. À l’échéance, le Trésor du pays concerné me paiera 1.000.000 FCFA. Cela signifie que les intérêts sont précomptés.

Elite d’Afrique : Qu’en est-il du remboursement ? Comment cela se passe-t-il ?

J.D.A : Le remboursement se fait exactement comme un bon ordinaire. À compter de la date de jouissance, l’on compte 3 mois (dernier jour ouvré). Ainsi, par le compte séquestre ouvert dans les livres de la BCEAO au nom de l’émetteur, la BCEAO crédite par l’intermédiaire des banques commerciales le compte des investisseurs ayant souscrit. Ainsi les comptes des SGI et autres structures accréditées sont créditées au profit de leurs clients.

Propos recueillis par Joël D @Élite d’Afrique

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