Décédé
le samedi 09 Mars dernier, Bernard Dadié, l’écrivain ivoirien ne cesse d’enregistrer des hommages
de plusieurs personnalités venues du monde littéraire et politique.
Suivant la tradition de ses prédécesseurs, Laurent Gbagbo l’ancien chef d’Etat ivoirien s’est également plié au même exercice. A cet effet, il a en ce début de semaine rendu hommage à son cher compatriote Bernard Abou Koffi Binlin Dadié.
Voici l’intégralité message de Gbagbo
A
toi, mon très cher doyen
Très
peu de personnes ont accès à la plénitude de la bénédiction divine.
Celle-ci
ne s’ouvre qu’aux hommes et aux femmes qui ont quelque chose de particulier à
apporter à l’humanité dans son progrès vers la perfection. Ils deviennent
patrimoine commun de l’humanité et leurs âmes entrent, de ce fait, dans
l’infinitude qui leur confère l’éternité.
A la lumière de ton œuvre, à
la fois immense et multidimensionnelle, mon très cher Bernard Dadié, tu as
accédé au statut de ces hommes d’exception. Homme aux multiples talents et aux
convictions incorruptibles, tu as tout donné à ta patrie et à ton continent
afin de les sortir des chaines de la domination infâme.
Tu as mené ce combat sur tous
les fronts, notamment ceux des belles lettres et de la politique. Les nombreux
prix qui t’ont été décernés au niveau mondial, pour récompenser la qualité de
tes œuvres littéraires, témoignent pour toi dans la chaine des générations.
Or la qualité de tes œuvres artistiques, exprime l’intégrité de ton engagement
politique construit sur le socle inébranlable de ta soif pour la liberté. Au
nom de la liberté, en tant que valeur universelle à tous les peuples, tu t’es
engagé dans la lutte pour la naissance de notre nation dès ton jeune âge.
De 1944, année de formation des premiers instruments de lutte politique pour la
libération des peuples africains jusqu’à ce jour fatidique du 9 mars 2019, tu
as fait don, sans discontinuité, de 75 années de ta vie aux peuples opprimés au
nom ton idéal de liberté. Toute la nation ivoirienne et toute l’Afrique te
restent indéfiniment redevables pour ce sacrifice incommensurable.
A titre personnel, je te sais
infiniment gré de l’amitié dont tu m’as honoré et qui s’est exprimée par ton
soutien à mon endroit quand, à peine parvenu au pouvoir, après des décennies de
lutte pacifique, des forces réactionnaires et violentes se sont liguées contre
moi et mon gouvernement pour barrer notre chemin vers la liberté de nos
peuples.
En effet, il ne t’a pas fallu
beaucoup de temps pour comprendre que lesdites forces sont les mêmes que toi et
tous nos illustres devanciers, aviez combattues naguère.
Les protagonistes ont changé mais le combat reste le même.
Tu as ainsi fait fi de ton âge
qui te donnait le droit d’une retraite bien méritée, et tu t’es investi
entièrement dans ce combat. Malgré la fatigue et la maladie, à 103 ans, tu as
gardé cette posture du combat jusqu’à ce ton dernier souffle te soit retiré.
Au moment où tu entres dans le
repos éternel, je voudrais t’assurer, très cher doyen de ce que je tiens
fermement le flambeau que tu m’as donné en octobre 2010 comme le serment de la
poursuite inlassable de notre quête de liberté et de l’incorruptibilité de nos
convictions. Je sais à quel point mon sort te préoccupait et, par-dessus tout,
je connais le prix que tu accordais au succès de notre lutte.
C’est pourquoi, bien
qu’ébranlé par ta disparition, qui arrive quelques mois seulement après celle
de Sangaré Aboudramane, je reste déterminé à demeurer fidèle à l’idéal de notre
combat politique. Tu peux donc te reposer et jouir de la plénitude de la
félicité éternelle que Dieu offre aux âmes de bonne volonté. Adieu Bernard B.
Dadié. Adieu cher doyen et infiniment merci pour tout.
Laurent
Gbagbo