Comment va évoluer la pandémie de COVID-19 au Togo? En 15 jours, nous comptons déjà 16 cas. Sommes-nous proches du pic de transmission, ou juste au début d’un raz-de-marée infectieux? Le virus SArS-CoV-2 peut-il muter et devenir plus virulent?
Sans boule de cristal, impossible de répondre de façon sûre à ces questions. Mais quelques pistes de réflexions pourraient nous aider à mieux comprendre l’émergence et la trajectoire de cette pandémie.
Plusieurs hypothèses circulent quant à l’évolution possible de cette pandémie. Qu’en est-il?
Maintenant que nous sommes au stade de pandémie, et
non plus de flambées épidémiques locales comme c’était le cas au début, on
passe de phénomènes aléatoires à une dynamique assez prévisible.
Alors que les écoles ferment, les églises ferment, les gens gardent une distance vis-à-vis de l’autre depuis que le Togo a enregistré 8 cas de covid-19 confirmés, ce qui est crucial, c’est le fameux R0, le taux de reproduction de base du virus. Il correspond au nombre d’individus qu’une personne porteuse va infecter pendant la durée de son infection. Pour ce virus, les chercheurs l’estiment aux alentours de 3; chaque personne atteinte infecte en moyenne trois autres personnes. L’ampleur d’une épidémie est fortement liée au R0.
Et que laisse présager un R0 tournant
autour de 3?
Selon les modèles les plus simplistes de propagation
de maladies infectieuses, le nombre de personnes qui n’auront pas été infectées
à la fin d’une épidémie est égal à 1/R0. En l’occurrence, pour ce
virus, 30% des gens ne seraient pas touchés – ce qui signifie que 70% des
personnes peuvent être infectées.
Évidemment, il s’agit de modèles simplistes, pour une
population homogène où tout le monde aurait le même nombre de contacts. C’est
un peu le scénario catastrophe.
Quels pourraient être
les impacts des mesures de protection sur ce fameux R0.
Toute politique de santé, comme la fermeture des
écoles par exemple, a un effet sur ce R0.
Pour que l’épidémie s’arrête en quelques semaines, il
faudrait que le R0 tombe en dessous de 1. Mais si on divise par deux le nombre de contacts, ce qui est déjà
beaucoup, on peut tout de même ralentir la propagation.
Après, il y a évidemment des enjeux économiques. Pour
certaines personnes, c’est tout à fait possible de rester à la maison et travailler
et continuer toujours par gagner de l’argent, tandis que pour d’autres, cela
signifie ne pas avoir à manger à la fin du mois. Rares sont les personnes qui
pourront tenir et satisfaire leur faim dans ces périodes. Connaissant le Togo
ou plus de 80% de la population est dans l’informel où la nécessité du contact
humain fait toujours surface dans leur métier. L’état et les employeurs ont là
une responsabilité pour garantir la sécurité sociale des individus.
Pourquoi une telle particularité chez le
coronavirus ?
Selon Samuel Alizon, chercheur au centre national de
la recherche scientifique à Montpellier, c’est un virus respiratoire qui
ressemble, dans sa transmission, à ceux de la grippe. Sauf que le R0
du coronavirus est deux fois plus élevé que celui de la grippe
saisonnière, qui est de 1,5 annuellement. De plus, chaque année, une bonne
partie de la population est déjà immunisée contre la grippe [car elle l’a
déjà contractée dans le passé ou qu’elle est vaccinée, NDLR]. C’est
probablement ce qui a fait que l’épidémie de H1N1 n’a pas été si intense. Cette
fois, c’est toute la population qui est susceptible.
Il continue en disant que l’autre problème, c’est
qu’il semble y avoir beaucoup plus de transmissions asymptomatiques (c’est à
dire des individus qui ont déjà le virus mais ne manifestant pas de fièvre ni
de signes de la maladie mais qui peuvent infecter leur entourage), qu’avec la
grippe. C’est un facteur clé en santé publique : si les symptômes apparaissent
avant que l’on devienne contagieux, c’est assez facile à contrôler. Avec le
coronavirus, il semble y avoir un décalage de quasiment deux jours entre le pic
de transmission et le pic des symptômes, ce qui est pire qu’avec la grippe ou
le SRAS. Cette période de transmission asymptomatique nécessite d’ajuster les
modèles traditionnels.
Le Togo a l’heure du
confinement
Depuis début mars, le gouvernement comme
une certaine partie des togolais n’avaient toujours pas pris la juste mesure du
risque épidémique. Ce n’est que tardivement que le gouvernement a pris des décisions plus fermes.
Depuis ce 20 mars, l’ensemble
des togolais vivent confinés et voient leurs déplacements restreints avec
une certaine largeur puisqu’il est encore possible d’aller travailler, de faire
son sport (individuel), sa marche, d’aller acheter au marché, faire une
recharge de crédit, acheter «ayimolou» au bord de la route, retirer de l’argent
par flooz ou t-money…
Aussi, les prisons connaissent des
mutineries suite à l’interdiction des visites et l’absence de mesures
sanitaires.
Le COVID-19 va-t-il évoluer? Si oui,
comment?
Pour les scientifiques, il évolue en permanence, car
chaque nouveau virion est différent des précédents. Sauf que la majorité de ces
mutations sont a priori neutres, ou délétères pour le virus.
Est-ce qu’il peut y avoir des mutations «adaptatives»
(qui lui permettraient de mieux s’adapter au corps humain et d’être encore plus
efficace) ? C’est très probable. Ce fut le cas pour l’épidémie d’Ebola: une
mutation a permis au virus de mieux exploiter les cellules humaines que les
cellules animales. Cela a été démontré après coup.
Certaines mutations sont déjà apparues dans le
coronavirus, mais c’est difficile de montrer leur effet.
A quoi les togolais doivent réellement s’attendre?
Une épidémie qui peut toucher presque toute une
population au même moment, c’est assez unique. Le risque serait plutôt social:
un afflux dans les hôpitaux surtout avec leur nombre restreint que nous savons
tous.
Le risque pour les jeunes n’est pas tant de mourir du
coronavirus, mais plutôt de n’importe quelle affection, accident ou choc
allergique sévère qui nécessite une prise en charge en urgence. Si les
infrastructures de santé viennent à être saturées, cette prise en charge sera
moins efficace.
Notons aussi que le Togo a tergiversé dans la prise de
mesures drastiques contre ce coronavirus.
Le principal problème est la période durant laquelle
un individu est infecté mais ne montre aucun symptôme. » s’inquiète le
professeur Gabriel Leung, de l’Université de Hong Kong. Dans une interview
donnée au Guardian, le 11 février 2020, il craint que le virus contamine de 60
à 80 % de la population mondiale si l’épidémie n’est pas contrôlée.
L’épidémiologiste Marc Lipsitch, de l’université
américaine de Harvard a fourni un article du 24 février de The Atlantic une
évaluation comparable : dans l’année 2020, entre 40 à 70 % de la population
mondiale devrait être infectée par le COVID-19, tout simplement parce que
l’épidémie » ne sera finalement pas maîtrisée « .
Heureusement, » il est probable que beaucoup
souffriront d’une maladie bénigne ou seront asymptomatiques « , rassure le
chercheur. Toutefois, si l’on considère un taux de mortalité bas de 1 %, ce
coronavirus pourrait donc potentiellement tuer entre 30 et 53 millions de
personnes sur le plan mondial et 490000 sur le plan national (la plupart étant
déjà atteintes de problèmes de santé chroniques ou des personnes âgées).
Malgré tout, soyons prudent et respectons les mesures hygiène.
Limitons les contacts, lavons-nous les mains au savon et à l’eau propre. Ensemble
disons stop au COVID-19.