L’Historien spécialiste des questions agricoles et de la sécurité alimentaire à l’Université de Lomé (Togo), Dr. MAMAN Halourou a décrypté dans cette libre tribune l’axe2 du Plan national de développement (PND).
L’axe2 du Plan national de développement
est relatif au développement des pôles de transformation agricole,
manufacturiers et d’industries extractives.
Pour cet analyste agricole,
« à travers cet axe, l’objectif du
gouvernement est assez clair : Faire une interconnexion entre
l’agriculture et l’industrie ; autrement dit, faire en sorte que
l’agriculture soit étroitement liée à l’industrie ».
Et, à mon avis, ce choix
n’est pas fait au hasard. Dans les faits, un important secteur
d’industrie doit travailler et se mettre au service de l’agriculture à
travers une chaîne de valeur, allant des machines agricoles, de l’agrochimie
(engrais, insecticide, herbicides, fongicide ….), aux industries de
conditionnement, d’emballage et de conserverie.
Les USA, première puissance
économique mondiale dispose d’un secteur agricole étroitement lié à celui de
l’industrie ; on parle de l’agrobusiness.
C’est d’ailleurs, ce qui
fait que l’industrie agroalimentaire américaine domine le monde entier avec ses
nombreux produits. 8 des 10 premières firmes agro-industrielles du monde
sont américaines. Exemple de : Philips Mauris (tabac, 3em rang mondiale)
Peprico (coca-cola, 7em rang mondial), etc.
Par contre, dans les pays
en développement comme le Togo, il a été remarqué que, les différents secteurs
de l’économie (agricole, industriel et commercial) n’ont pas de liaison et
évoluent chacun en solitaire.
Dans une situation
pareille, ces pays sont obligés de vendre leurs énormes produits agricoles à
l’état brut sur le marché mondial dont les prix d’achat leur échappent
totalement depuis l’époque coloniale.
De ce fait, ces secteurs,
surtout ceux de l’agriculture et de l’industrie se limitent à l’extraction
primaire des produits agricoles et industriels, participant moins au
renflouement des caisses de l’Etat, et surtout rendant les populations
composées majoritairement de paysans (60 à 70 % des Togolais) assez ruinées.
Par conséquent, on assiste à des risques d’insécurité alimentaire, pour
plusieurs raisons : d’une part, la production locale parait insuffisante
et vendu trop vite à bas prix lors de la moisson par manque de transformation
et de conservation, et, d’autre part, les populations ne disposent pas d’assez
de moyens pour se procurer ceux dont ils ont besoin afin de mener une vie saine
et active.
C’est donc pour mettre fin
à cette situation que la « démarche du PND dans le
secteur agricole et industriel sera orientée vers la mise en place d’une part,
d’un pôle de transformation agricole axée sur la productivité pour atteindre la
sécurité alimentaire et réduire significativement le déficit de la balance
commerciale agricole, et d’autre part, d’un pôle manufacturier et d’industries
extractives en lien avec le développement d’un pôle logistique d’excellence« .
(PND, p. 91).
Pour que tout ceci marche,
il faut qu’un sérieux travail soit fait en amont et en aval.
En amont, le travail va
consister à dynamiser le secteur de production agricole pour lui permettre
d’avoir une grande productivité afin de mettre ensuite ses produits à la
disposition de l’industrie de transformation agro-industrielle et
agro-alimentaire.
Ceci ne peut également
réussir, que si les méthodes de culture sont modernisées, et que l’accès à la
terre quitte le cadre exclusif des propriétaires terriens héritiers, pour
s’offrir aussi à toute personne disposant de moyens pour les mettre en valeur,
que celle-ci soit héritière ou pas.
A ce titre la réforme
foncière et domaniale, récemment lancée par le gouvernement trouve tout son
sens. Elle permet de démocratiser les terres afin de les rendre accessibles à
tous ceux qui ont les moyens de les exploiter à grande ou à petite échelle,
afin d’accroître la productivité.
La dynamisation du secteur
de production agricole passe également par une meilleure coordination de toutes
les activités relevant du secteur rural par le gouvernement. Dans ce cas,
disposer des ressources humaines compétentes devient alors une nécessité. Le
concours de recrutement de 1552 agents lancé le 8 mars pour le compte du
ministère en charge de l’agriculture est donc fait à dessein.
En aval, la mission que
s’est fixé le gouvernement, s’opérationnalisera à travers la promotion de
l’entrepreneuriat rural qui vise à inciter les investisseurs à la création
d’entreprises de transformation des produits agricoles en produits
agroalimentaires : ça s’appelle l’agro-industrie.
Et c’est cela que le gouvernement veut promouvoir à travers l’axe du PND : « développer des pôles de transformation agricole, manufacturiers et d’industries extractives » (PND, Axe 2, p. 91).
source: Agridigital