Des sept qu’elles
étaient il y a encore quelques années, les banques commerciales qui essaiment la
place togolaises sont passées à quatorze aujourd’hui, toutes ayant pour
objectif de se positionner dans un marché dynamique mais encore très restreint.
Une concurrence qui pourtant ne se fait pas ressentir au bénéfice des
consommateurs.
Au cours de l’année 2015, deux banques étrangères ont débuté
leurs activités à Lomé : Coris Bank International et Société Générale. L’une,
déjà présente au Burkina, en Côte d’Ivoire, et au Mali, est l’institution
financière la plus dynamique de l’UEMOA en termes d’augmentation de la taille
du réseau. Alors que l’autre, bien implantée et presque centenaire dans
plusieurs pays de l’Afrique, a initié une nouvelle offensive en Afrique
subsaharienne.
Ainsi, sur le marché togolais, se bousculent une dizaine
d’institutions bancaires, aussi bien nationales qu’internationales.
Banque Atlantique
Togo (Groupe Banque Populaire du Maroc), Banque Internationale pour l’Afrique
au Togo (BIA-Togo, dont le capital est détenu en grande partie par la marocaine
Attijariwafa), Banque Populaire pour l’Epargne et le Crédit (BPEC), Banque Sahélo-Saharienne
pour l’Investissement et le Commerce-Togo (BSIC-Togo), Banque Togolaise pour le
Commerce et l’Industrie (BTCI), Ecobank-Togo (du groupe ETI), Société Inter
Africaine de Banque (SIAB, à capitaux libyens), Union Togolaise de Banque
(UTB), Bank Of Africa Togo (Groupe Banque Marocaine du Commerce Extérieur), et
Orabank Togo (du groupe Oragroup). L’Ivoirien NSIA, vient aussi de faire une
entrée tonitruante sur le marché en rachetant la filiale pays du nigérian
Diamond Bank.
Deux groupes y ont leur siège: Ecobank Transnational
Incorporated (ETI) et Oragroup. Le premier, détenu par des investisseurs
institutionnels publics Sud-Africains, qataris, SFI, et de multiples
actionnaires privés, est coté à la BRVM, à Lagos (Nigeria Stock Exchange) et à Accra
(Ghana Stock Exchange). Le deuxième est détenu par le fonds d’investissement
Emerging Financial Partners (actionnaire majoritaire) et d’autres institutions
publiques.
A noter qu’un programme de privatisation des banques
nationales encouragé par le FMI a été
engagé. Mais à ce jour, les deux
premières ont été cédées (la BIA Togo au groupe marocain Attiwarijafa) et la
Banque Togolaise de Développement- BTD à Oragroup).
Difficiles à céder, l’état envisage désormais une fusion
entre les deux banques restantes, (l’Union Togolaise de Banques UTB et la
Banque Togolaise de Commerce et d’Industrie BTCI)
Secteur peu
concurrentiel
Cette multiplicité d’acteurs dans le secteur ne se traduit
pas pour l’heure en une forte concurrence.
« En effet, malgré ce grand nombre d’institutions bancaires,
fortement concentrées à Lomé (qui regroupe plus de 80% de la population
bancarisée), le secteur semble obéir à une sorte de pacte de non-agression.»
estime un économiste.
Les clients sont face
aux mêmes offres de services. De l’ouverture du compte en passant par le
retrait d’espèces jusqu’à l’encaissement de virements (des services pourtant
déclarés gratuits par la BCEAO), les coûts restent pratiquement stagnants et
presque inchangés d’une structure à l’autre.
Les banques togolaises sont aussi caractérisées par des taux
d’intérêt jugés élevés au regard de ceux pratiqués à l’international.
Toutefois, ces taux sont légèrement inférieurs à la moyenne de l’UEMOA (Union
Economique et Monétaire Ouest-Africaine), nous indique un banquier de la place.
Autre tare des banques togolaises, le retard sur les
innovations technologiques. Par exemple, le taux de détention du «Mobile
Banking» au Togo, aujourd’hui en vogue en Afrique subsaharienne, oscille entre
3% et 7%, contre 12 % en Afrique de l’ouest. «Ce système initié par les
sociétés de télécommunications pourrait à bref délai au moins doublé le nombre
d’individus ayant un compte bancaire», estime le banquier et économiste Paul
Derreumaux, Président d’honneur de Bank Of Africa. Sauf que la plupart des
banques togolaises n’y sont pas habituées et les quelques filiales de grands
groupes qui s’y sont déployés peinent à convaincre leur clientèle, surtout sur
la question de sécurité du mobile
Marge de manœuvre
D’une part, cette forte concentration des institutions
bancaires à Lomé s’explique par l’amélioration du climat des affaires au Togo.
En effet, au classement Doing Business 2017, le pays est bien classé, même s’il
y a un léger recul par rapport au classement précédent. Même si les contours de
ces innovations sont discutables, le délai des formalités, en matière de
création d’entreprise par exemple, est de 19 jours. D’où la présence
d’établissements bancaires, pour répondre aux besoins de transactions
financières des opérateurs.
« Le projet de Lomé Conteneur Terminal et les activités du
groupe Bolloré au Port de Lomé par exemple sont des indices qui vont booster
suffisamment les activités de manière générale, y compris celles des banques.
Des gros porteurs au niveau des grands bateaux arriveront sur notre côte, ce
qui va doper les activités économiques et
les activités bancaires», fait remarquer un analyste.
«L’approche régionale toujours plus marquée des entreprises
oblige les banques à suivre leurs clients ». D’autre part l’on note la croissance économique générale, qui
accroît les opportunités.
Triste constat, malgré l’intérêt que portent les groupes
africains et internationaux au Togo, le taux de contribution des banques au
financement de l’économie reste faible. « Il s’agit là d’une spécificité du
sous-développement, car cette sous- bancarisation illustre surtout les
difficultés d’accès des populations aux agences bancaires, ce qui caractérise
essentiellement les pays et les régions où la croissance économique a été
jusqu’ici, la plus faible et la moins bien répartie», explique Paul Derreumaux,
parlant de façon générale, de l’Afrique subsaharienne.
Si, en ce qui concerne les banques privées, le risque de
sortie de flux financiers illégaux et de blanchiment d’argent est grandissant,
ce que confirment des rapports internationaux, on note tout de même, des
indices satisfaisants : « Le privé banquier vise plus le bénéfice, et travaille
beaucoup plus sur ses produits. Il est à l’écoute de la clientèle, et est plus
réactif en termes de taux de satisfaction. Les résultats sont l’objectif qu’il
vise. (…) On note aussi l’effet induit sur la fiscalité. Lorsque le privé
engrange plus de résultats, l’Etat a plus de revenus fiscaux », explique Ange
Kétor, le Directeur Exécutif d’APIM-Togo (Association des Professionnels des
Institutions de Microfinance du Togo), qui cite également, la création
d’emploi.
Chiffres stables
Le bilan total des acteurs du secteur bancaire au Togo fin
2016 fait un total de 1.924,5 milliards de F CFA contre 1.746,8 milliards de FCFA
en juin 2015, répartis entre 13 marques qui opèrent dans 208 agences sur toute
l’étendue du territoire.
La répartition du bilan, entre les institutions bancaires du
marché togolais place Orabank en tête avec 479.099 millions de F CFA, soit à
peu près 25% du total du secteur. Elle est suivie d’Ecobank Togo dont le total
bilan s’établit à 345.497 millions de FCFA.
L’UTB (Union togolaise de banque), détenue entièrement par
l’Etat, ferme le trio de tête. En totalisant un bilan de 236.218 millions de F CFA. De son côté, la Banque togolaise pour le
commerce et l’industrie (BTCI), avec ses 11agences, affiche 132.551 millions de
FCFA comme bilan.
Place à la succursale Diamond Bank, 4e
de la liste avec 196.598 millions de FCFA.
La place moyenne est occupée par les banques marocaines.
Ainsi, la Banque populaire du Maroc, qui contrôle le réseau Banque Atlantique Togo (23 agences
pour 53.559 comptes), arrive en 5e position avec un total bilan de 162.240
millions de FCFA. Attijariwafa Bank qui a repris les activités de la Banque
internationale pour l’Afrique au Togo (BIA-Togo) est en 7e position.
Arrive ensuite la Banque of Africa (BOA). En deux ans,
l’institution bancaire installée au Togo depuis 2013, revendique un total de
86.874 millions de FCFA avec un réseau de 7 agences en 2015. Une toute nouvelle
agence est opérationnelle depuis décembre 2016 dans un quartier périphérique de
la capitale.
Coris Bank (11e), Société Générale ayant débuté leurs
activités sur le territoire togolais en début 2015 affichent des totaux
respectifs de 36.702 millions et 29.833 millions. La SIAB (Société
interafricaine de banque vient fermer le classement avec un bilan de 10.832
millions de FCFA.
Faibles bancarisation
Au Togo, l’augmentation des ratios dépôts/PIB, prêts/PIB et
masse monétaire/PIB, a connu une croissance rapide de 2002 à 2014, d’après les
données du FMI. Et selon la BCEAO, le ratio dépôts/PIB du Togo, qui s’élève à
38%, est supérieur au ratio moyen de l’UEMOA (25%).
Néanmoins, cette évolution ne traduit nécessairement pas une
augmentation du taux de bancarisation de la population, car les banques
drainant des flux de toutes natures, liés notamment aux activités commerciales
formelles ou non.
D’autre part, on remarque les limites des produits offerts
par les banques et leurs taux élevés, qui n’incitent pas la population à
s’approcher des banques.
Le pays a pourtant enregistré, ces cinq dernières années,
une hausse du taux de bancarisation, passant de 3% à 8,5%, fortement concentré
dans la capitale.